GRITO PELAO

GRITO PELAO

Rocio Molina a créé un moment précieux, universel où elle partage l’intense désir d’enfant, l’intime et la magnificence éclatante de l’acte de la création, de l’attente, de la maternité.

Âgée de 34 ans, la danse est une façon de respirer, de vivre depuis trente ans. Elle a reçu le Premio Nacional de Danza de la part du ministère de la culture espagnol pour « son apport au renouvellement du flamenco, sa capacité d’adaptation et sa puissance d’interprétation qui lui permettent d’aborder librement et avec audace les registres les plus variés ».

Le concept du spectacle est né de son désir d’enfant de sa réflexion avec Carlos Marquerie mais également et surtout se sa rencontre avec Silvia Pérez Cruz une chanteuse exceptionnelle aux multiples registres classique jazz flamenco. Toutes deux sont considérées en Espagne comme des références vivantes de leur art. Elle se sont d’abord observées chacune allant à une représentation de l’autre, puis se sont retrouvées par hasard dans un avion et Silvia a demandé à Rocio de danser pour elle, de l’accompagner lors d’un concert. Dès lors elles se sont trouvées, une synergie artistique, une sorte de transcendance les a unies de sorte qu’ensemble à Huelva dans la maison de Rocio, elles se sont rassemblées autour du petit être en devenir. Elles ont réinventé leur art pour accompagner Rocio dans sa maternité et la petite Juana du placenta à l’embryon. Elles ont créé une musicalité et un mouvement autour des mouvements du placenta, du liquide amiotique, des sensations physiques, physiologiques mais aussi psychologique qui accompagnent la femme qui devient mère.

Silvia  écrit le poème éponyme du spectacle : Grito Pelao dont voici la traduction :

Grito Pelao

Du cri
du chant.
Silence, vide et me voilà
seule
sans fard
et à Trafalgar.
Un cri, un point c’est tout…
De la douceur de mon lait
entre une hanche et l’autre hanche
une hanche et l’autre hanche
lève ! Et pause.
Et le poids de ma voix,
de la boue,
de ma chatte,
de ver qui fleurit.
rance et liquide
de cet amour bestial
amour animal
qui te serre et brûle
et cède
tu cèdes
et glisse
tu glisses
et tu danses.

Rocio met en scène son désir d’enfant et son accomplissement mais aussi son désir de conserver son essence en tant qu’être, elle danse et ne peut s’arrêter parce qu’elle attend un enfant, ses deux bonheurs doivent se rejoindre. C’est un sujet auquel chaque femme qui se frotte à la maternité est confrontée. Comment ne pas renoncer à soi et se consacrer à ce petit autre qui devient tout ? C’est se réinventer, le flamenco est historiquement gouverné par le mâle. Ici il prend naissance dans l’essence du féminin « dar la luz » une expression qui signifie mettre au monde mais qui désigne également tous les organes intérieurs qui permettent le passage à l’extérieur. Ce spectacle performance, ce moment d’art a du génie car il met en exergue le sens d’être mère, d’être femme d’être artiste. C’est un moment unique et suspendu, Rocio est véritablement enceinte et la chorégraphie évoluera ainsi que son corps à chaque représentation. C’est aussi le partage d’anecdotes, d’histoire intimes, de ressentis physiques que les trois femmes partagent sur scène. Rocio Molina Cruz, sa mère Lola Cruz qui a été petit rat de l’opéra et Silvia Molina Cruz. Le hasard ou le destin fait qu’elles portent toutes trois le même nom de famille, une famille qu’elle se recrée comme si chaque femme avait sur son épaule la main d’une autre femme et toutes les femmes derrière elles pour prendre soin de la mère et de l’enfant à naître.

Rocilo est lesbienne, elle s’est fait implanter son propre ovule inséminé in vitro. Son amour est partie elle est seule. Toutefois avec ce spectacle elle rassemble un monde, crée un village autour d’elle.

« tu madre es bailaora » ta mère est danseuse, et quelle danseuse, Rocio réinvente son corps, parle sans pudeurs des limites de la transformation qui accompagne sa grossesse pour réinventer le mouvement pour elle et pour son enfant. Elle incarne l’essence du flamenco et la mutation. La danse contemporaine et la performance, ses appui son précis la sensualité de son corps la fait déesse de la procréation, de l’enfantement. Elle touche à toute vérité que ressent une mère alors qu’elle n’en est qu’aux balbutiements de sa propre maternité. Ses mouvements sont vifs, pas de robe traditionnelle de flamenco, une chemise, des shorts, une jupe, de l’eau la nudité. Elle s’habille de son duende. Facétieuse taquine et en même temps saisie d’une nécessité, elle prend la place de l’homme et ne craint pas le ridicule lorsqu’elle danse affublée d’une longue barbe. Elle partage des parcelles de sa réalité, un monitoring, une application qui compare la taille de l’embryon, du fœtus à un fruit. Sur scène sa mère Lola est comme une présence à la fois bienveillante dépositaire, de la mémoire de la famille et en même temps lui permet de régler ses comptes pour prendre toute la place qu’elle doit désormais occuper en tant que mère. Silvia c’est la complicité d’une voix magnifique un peu jazzy, un peu éraillée parfois, terriblement flamenca qui emplit l’espace et donne une densité sans nulle autre pareil à la chorégraphie. D’égale à égale, Silvia et Rocio prennent leur place sur scène et créent un moment privilégié qui malgré toute cette innovation, cette modernité prend ses racines dans le plus pur des flamencos lorsqu’elles interagissent avec les musiciens ou se défient.

La mise en scène est épurée, un bassin rectangulaire occupe le centre de la scène, du sable entoure le plateau. Sous la direction de Carlos Marquerie, de spectaculaires projections picturales animent l’espace et rythme le temps de façon à accoucher d’une œuvre complète : danse, chant, chorégraphie, peinture, performance, humour…

J’ai assisté à ce spectacle lors du Festival d’Avignon où il était donné pour la première fois je compte bien y retourner pour la dernière au Théâtre de Chaillot à Paris. J’ai été véritablement touchée marquée intimement par la vérité du moment, l’acte profondément libre de la maternité et de la création artistique, le saisissement de la nature d’une mère d’une femme, de l’expression de l’universel. Chaque artiste m’a ravie dans la perfection de son art, de son engagement viscéral pour ne faire qu’un : tout.
Je souhaite à chacun qui peut se saisir de la chance d’un tel moment d’aller assister à une représentation de Grito Pelao.
Grito Pelao
Tournée France/ Espagne

Juillet-octobre 2018
21 représentations
8 villes

Juillet :
6-10 Festival d’Avignon
18-19 Festival Grec -Barcelone

Août
7 : Festival terral (Teatro Cervantes) – Malaga

Septembre :
18-19 : Biennal Flamenco (Teatro Maestranza) – Séville
22-23 : ZGZ Escena (Teatro Principal) – Saragosse
26-28 : teatros del Canal – Madrid

Octobre
2-4 : Théâtre de Nîmes
9-11 : Chaillot, Théâtre National de la danse – Paris

Pour en savoir plus :
http://www.rociomolina.net/
Crédits photos : Pablo Guidali

 

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