FESTIVAL D’AVIGNON OFF : entretien avec Eva Byele

A l’occasion du Festival d’Avignon Off et plus particulièrement de la représentation de « 24 Heures de la vie d’une femme sensible » au Théâtre du Verbe Fou, j’ai eu la joie de faire la connaissance d’Eva Byele auteure et comédienne.

Estelle Julien : Vous vous définissez comme écrivaine, pourquoi le théâtre et pourquoi interpréter votre texte ?
Eva Byele : Le théâtre c’est une façon de faire vivre le texte, de le partager, de faire parler sa voix.

Estelle Julien : Vous dirigez la compagnie Eva Byele à Barcelone et vous proposez un texte en français très littéraire, qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer en Espagne ?
Eva Byele : Je suis allée m’installer à Barcelone avec mon mari qui est compositeur, c’est d’ailleurs lui qui a créé la musique de « 24 Heures de la vie d’une femme sensible ». Nous avions envie d’ailleurs et j’ai toujours été attirée par l’Espagne. A la base j’écris des romans et des poésies, je me suis mise à jouer à Barcelone, c’est là-bas que la troupe s’est formée.

E.J : Pourquoi avoir choisi d’écrire, de jouer et de mettre en scène « 24 Heures de la vie d’une femme sensible »?
E.B : J’ai été séduite par le texte. Constance de Salm fait partie ces grandes figures de la littérature féminines qui sont tombées dans l’oubli. Je voulais lui rendre hommage. Au 19ème la création des femmes représentait un enjeu politique et pour moi cela est toujours vrai aujourd’hui. Cela fait suite à une pièce collective publiée en 2016 « Ecrivaines Paroles de Femmes ».

E.J : Parlez-moi un peu de cette pièce c’est également un recueil de lettres …
E.B :  C’est un projet passionnant autour duquel j’ai réuni plusieurs femmes écrivaines autour de lettres de femmes illustres : Madeleine de Scudéry, Olympe de Gouges, Alexandra David-Néel, Marie Bonaparte, Anaïs Nin. Chacune a choisi de s’intéresser à une correspondance et à écrit une lettre ou un poème. Cela a été un formidable travail de recherche.

E.J : S’appuyer sur le passé pour créer dans le présent semble un phénomène récurrent dans votre oeuvre théâtrale…
E.B : C’est important de pouvoir se référer à celles qui nous ont précédées pour celles qui vont écrire. C’est rassurant, réconfortant d’avoir des modèles sur lesquels s’appuyer. A l’école elles ne sont plus enseignées, c’est terrible, on ne les connait plus, il y a une volonté de les cacher. Cela aide les femmes de savoir que des modèles ont ouvert la voie.

E.J: D’où vous vient cet intérêt pour le combat des femmes, y – a-t-il eu un effet déclencheur ?
E.B : J’ai eu la chance de beaucoup lire depuis toujours et d’avoir accès à des ouvrages écrits par des femmes. J’ai lu George Sand à douze ans. Tous ces écrits m’ont donné ma force. Hier c’était l’anniversaire de ma fille. Elle a six ans, j’ai été fière de pouvoir lui offrir un livre parlant de femmes écrivaines, scientifiques, cosmonautes. On n’avait pas ça à notre époque.

E.J : le terme écrivaine est important ?
E.B : Oui les mots créent la réalité. Jusqu’au 17ème siècle tous les  noms de métiers étaient féminisés. De même en grammaire cela n’a pas toujours été  le masculin qui l’emportait sur le féminin mais il existait l’accord de proximité. Peu de femmes qui écrivent utilisent ce mot. Il ne sonne pas bien c’est moins élégant qu’écrivain. Pourtant lorsqu’on dit qu’on est « écrivain » on se fond dans la masse et lorsque l’on précise femme écrivain on ouvre la voie à la catégorisation de la littérature féminine. Je suis une femme et j’écris aussi des romans de guerre, rien à voir avec ce qui est  aujourd’hui qualifié de littérature féminine.

Estelle Julien : Dans « 24 Heures de la vie d’une femme sensible », vous mettez en scène une femme écrivaine en proie à son quotidien qui souhaite s’émanciper. Est-ce que cela a un caractère autobiographique ?
E.B : Je me nourris de mes expériences, de mes recherches comme du travail sur « Les Ecrivaines ». Il y a plusieurs femmes qui constituent le personnage principal et plusieurs hommes qui m’ont inspiré les différentes facettes du mari. C’est d’ailleurs ce qui a provoqué les retours positifs des spectateurs lorsque le spectacle a été présenté à Barcelone. Une femme a témoigné y avoir retrouvé une part de son mari tandis qu’un homme a pris conscience d’un aspect de son propre comportement envers sa femme qu’il pourrait améliorer.

E.J : la pièce parle en particulier d’une femme qui se saisit de son destin d’écrivaine, d’artiste. Comment percevez-vous aujourd’hui le fait d’être femme et une artiste, comment ça se passe ?
E.B : La création aujourd’hui est encore bien souvent réservée aux hommes. Quand je me suis lancée dans l’écriture j’ai été mise en garde. On m’a dit qu’en tant que femme j’avais seulement 3 fois moins de chances qu’un homme d’être publiée et neuf fois moins de chances de recevoir un grand prix*. Il faut qu’il y ait plus de femmes qui écrivent. Quand j’écris je veux que ce sois mon propos qui ressorte et non l’étiquette de femme qui écrit qui fasse que je sois entendue, lue.

*source des chiffres :

Quand les femmes parlent d’amour – Une anthologie de la poésie féminine, Françoise Chandernagor, Cherche Midi

24 Heures de la vie d'une femme sensible 

12h30 

Théâtre Le Verbe Fou 

du 6 au 29 juillet 

Dans le programme du Off : 

p34 

http://www.avignonleoff.com/programme/2018/24-heures-de-la-vie-d-une-femme-sensible-s22637/ 

Pour en savoir plus : 

www.evabyele.com

https://www.leverbefou.fr/

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