FESTIVAL D’AVIGNON OFF : 24 Heures de la vie d’une femme sensible

Seule en scène, Eva Byele rend hommage à la grande poétesse et dramaturge du XIXème siècle : Constance de Salm, auteure du roman épistolaire « 24 heures d’une femme sensible » de 1824. Poétesse, dramaturge et philosophe, elle a été attaquée sur le sérieux de ses ouvrages et défendait l’accès des femmes à la culture et leur droit à la création.

Eva Byele, écrivaine et comédienne a transposé le roman en 24 lettres et en 1920. La pièce se déroule dans le salon épuré d’une bourgeoise, femmes de lettres qui confie au public sa solitude, son désir créateur, sa vie de femme mariée, son désespoir quant au rôle auquel elle est confinée.  Pas de sensiblerie dans ce théâtre, le vrai sujet est ce que cela signifie d’être soi quant on est femme, d’être soi et non la femme de…, l’amante de…, la mère de…. Eva joue avec les époques et se plait à créer des passerelles de sorte que le texte résonne de modernité. La mise en scène est dépouillée: quelques meubles d’époque, costume épuré, boucles d’oreilles actuelles, édition moderne de Viginia Woolf.

Sur les planches Eva porte l’histoire de Constance de Salm mais aussi son propre texte. Elle interprète le débat intérieur, l’effervescence, les doutes et les peurs d’une femme qui choisit de créer sa vie mais au sens le plus large de l’artiste en lien avec le monde. Quelle place se donner à soi ou à l’autre dans son couple, son travail, la société? C’est un texte qui s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes. « Je souffrais tant alors. Et lui mon pauvre mari, avec qui partageait-il ses troubles et sa solitude ? Avec personne je le crains. La société n’a pas appris aux hommes à parler; c’est bien pour cela qu’ils condamnent les femmes au silence. »

Le texte est bien écrit, fluide, sensuel et parfois surprenant d’actualité avec ce qu’on pourrait qualifier de punchlines. Le son des mots résonne dans le théâtre. Eva est toute entière dans son interprétation tantôt lascive tantôt hiératique. Le combat de la femme et de l’artiste est palpable.

Je vous recommande chaudement « 24 heures de le vie d’une femme sensible », pour la finesse, l’actualité et la documentation du propos d’une part et d’autre part la qualité de la proposition artistique tant au niveau du texte que de l’interprétation.

crédit photo : Lucia Herrero

24 Heures de la vie d'une femme sensible

12h30

Théâtre Le Verbe Fou

du 6 au 29 juillet

Dans le programme du Off : 

p34

http://www.avignonleoff.com/programme/2018/24-heures-de-la-vie-d-une-femme-sensible-s22637/

Pour en savoir plus :

www.evabyele.com

https://www.leverbefou.fr/

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